Revocation of will - Testamentary capacity - Findings of fact Practice - Improper suggestion - While the testator was suffering from a wasting disease of which he died shortly afterwards, the defendant, his brother, took advantage of his weakness mind and secretly obtained the execution of a will, in which he was made the principal beneficiary, fraudulently suggesting and causing the testator to believe that. his malady was caused and aggravated by the carelessness and want of skill of his wife in the preparation of his food. The testator and his wife had lived together in harmony for a number of years and, shortly after their marriage, had made wills which each of them, respectively, had constituted the other universal residuary legatee and the testator's former will, made, was revoked by the will propounded by the defendant. Held, that, as the promoter of the will, by which he took a bounty, had failed to discharge the onus of proof cast upon him to shew that the testator had acted freely and without undue influence in the revocation of the former will, the second will was invalid and should be set aside.
The judgment appealed from was reversed, on the ground of captation and undue influence, but the Supreme Court of Canada refused to interfere with the concurrent findings of both courts below against the contention as to the testator's unsoundness mind. *PRESENT:-Fitzpatrick C.J and Girouard, Idington, Maclennan: and Duff JJ.
sitting in review, at the City of Montreal, which affirmed the judgment of His Lordship, Mr. Justice Doherty, in the Superior Court, District of Montreal, dismissing the plaintiff's action with costs.
The late Joseph Dussault, of Maisonneuve, District of Montreal, married the appellant, plaintiff in the case, on the 3rd of March, 1897, with ante-nuptial contract stipulating that the consorts should be separate as to property, and with donation of all the husband's personalty to the wife.
Three days later he made a will whereby he instituted his wife universal legatee; his wife making, at the same time, a will in his favour in similar terms. Joseph Dussault died without issue, on the 9th of April, 1904, after having, on the 5th of March, 1904, made another will, under the circumstances mentioned in the bead-note, devising the bulk of his estate to other legatees and constituting the respondent, his brother, universal residuary legatee. The widow brought the action to set aside the second will on the grounds that, at the time it was executed, deceased was suffering from physical weakness, mental aberration and delusions, and that he was under duress and incapable of making a valid will.
Both courts below decided against the plaintiff's contentions and maintained the second will.
The questions at issue upon the appeal are stated in the judgment of His Lordship, Mr. Justice Girouar(d, now reported.
Bisaillon K.C. and H. R. Bisaillon for the appellant.
Mignault K.C. and Bonin K.C. for the respondent. The CHIEF JUSTICE.-After having carefully read all the depositions I have, as a matter of inference from the facts in evidence, come to the conclusion that the natural affection of the deceased for his wife, the appellant, had been poisoned and his sense of right perverted by the fraudulent artifices practiced upon him by the respondent.
We all concur in the opinion of my brother Girouard.
The testator would not, in my opinion, have disposed of his estate as he did were it not for the improper influence exercised by the respondent, at the time the will was made, over his mind weakened by the wasting disease which eventually caused his death. The suggestion repeated day after day for weeks and months that his malady was caused or aggravated by the negligence or want of skill in the preparation of his food by his wife was, under the circumstances, the most insidiously effective method that could be used to improperly influence the testator who should, at the time, have had a reasonable expectation of a prolonged life during which to enjoy the reward of his industry and business capacity.
Convinced that his death was caused or hastened by the poor food which his wife prepared, his natural impulse would be to deprive her of the benefits accruing to her under his previous will, and the respondent seems to have directed his efforts to the fostering of this false impression.
Under the circumstances I am of opinion that the appeal should be allowed, the judgment appealed from set aside and the action maintained with costs. J.-Il s'agit d'une demande en nullit6 de testament formde par la veuve du testateur pour deux motifs: pour cause d'insanit6 du testateur, et 20 pour cause de suggestion et de captation, pour me servir des expressions du droit frangais, on d'influence indue, d'apris le droit anglais, d'oix nous vient la facult6 illimit6e de tester. D'apris les rigles de droit des deux pays, c'est toujours la fraude qui caract6rise la suggestion et la captation on Finfluence indue.
Cette cause soulve donc deux questions de fait.
Sur les deux questions, nous avons apparemment le sentiment unanime de la cour sup6rieure, Doherty
J., et de la cour de revision si~geant h Montr6al, Taschereau, Pagnuelo et Charbonneau JJ.
Le savant juge de la cour sup6rieure n'a pas laiss6 de notes, et en dehors du jugement formel oil il se contente de nier les allegations de la demande, il est impossible de connaitre son appr6ciation raisonne des faits assez nombreux et souvent contredits qu'une longue enqu~te, couvrant 325 pages imprim6es, a d6roulds devant lui. Ndus savons, cependant, qu'il n'a jett6 aucun souppon sur le caractbre on la v6racit6 d'aucun t6moin, et pour cette raison, son jugement, ou plut6t la conclusion g6ndrale , laquelle il est arriv6, nous laisse autant de latitude que la cour de revision en avait.
La cour de revision a confirm6 ce jugement sur les deux moyens; mais le juge Pagnuelo, qui seul nous a trausmis des notes, constate que le motif tir6 de 1'insanit6 est le seul qui fift consid6r6 par les savants juges. IL observe m~me que le moyen de la suggestion et de la captation a 6t abandonn6, faute de preuve.
Les avocats des deux parties s'accordent h dire que le savant juge voulait dire par lh que 1'appelante n'avait pas insist6 sur ce moyen.
avait
6videmment plus de confiance dans le moyen tir6 de linsanit6. Devant cette cour, sa position n'est plus la mime au sujet de la d6mence. Il y a concours de deux cours sur un m~me fait. Elle insista done sur J. le second moyen comme sur le premier, et dans son factum et h la plaidoirie orale. L'intim6, de son cot6, le discute dans son factum au lieu de le consid~rer comme abandonn6.
La preuve de d~mence faite par l'appelante est forte. Il n'y a pas de doute que de temps a autre durant sa maladie depuis juin, 1903, jusqu' a sa mort, le 9 avril, 1904, le defunt a d61ird. Le Dr. Rottot qui l'a vu en janvier ou f6vrier, 1904, affirme que c'4tait un ramolli.
Le 2 mars, 1904, le Dr. Damien Masson, un spcialiste de grande r6putation de Montr6al, le trouva en plein d6lire a son bureau oft il s'6tait cependant rendu seul, et pr6dit son d6cis a courte 6ch6ance. II ddlira aussi a Deschambatilt il 6tait en visite en mars et avril, 1904, sous les soins du Dr. Lord. Cependant on ne peut nier qu'il efit des intervalles lucides.
Mr. Bisaillon,
C. R., n'a pas pu s'empicher d'admettre que le testament n'6tait pas sans preuve. Les pr~tres qui ont vu le testateur a l'6poque oh il le fit, n'ont aucune hisitation a le d6clarer sain d'esprit. Les notaires qui out regu le testament sont du miue avis. Plusieurs personnes avec qui le testateur 6tait en contact assez frdquent partagent la mme opinion. Comme toujours, les medecins sout divisds. Mais mime le plus fort t6moin de 1'appelante, le Dr. Masson, n'est pas certain que le 5 mars, 1904, il ne pouvait pas faire un testament.
Ceci n'est pas requis par la loi.
Cette r6ponse, et celles qui la pr&cdent et la suivent et le tmoignage du Dr. Rottot, laissent bien quelques doutes sur 1'6tat mental du testateur; mais ga n'est pas sur des doutes que nous pouvons d6cider. Ces doutes disparaissent devant les t6moignages positifs des t6moins de l'intim6, des Dr. Quintal, Dr. Bruneau, Dr. Lord, des prtres, notaires et autres personnes inentionnes plus haut.
Voilk pourquoi nous avons annonc6 durant la plaidoirie que le moyen tir6 de la folie n'6tait pas fond6 et que de ce chef 1'appel 6tait renvoy6.
Nous avons d6clar6 dans maintes occasions que nous ne devons pas renverser deux cours sur de simples questions de fait, h moins d'tre parfaitement satisfaits qu'il y a eu erreur 6vidente ou incontestable de la part des tribunaux infirieurs. 84ndsac v. Vermont Central Railway Co. ; Paradis v. Municipality of Limoilou(2) ; Granby v. Mdnard(3); D'Avignon v. Jones(4). Dans cette dernibre .espce, cette cour a pos6 la r~gle an ces termes:
Si nous ne pouvons renverser pour cause de d6mence, un fait saillant qui rdsulte de toute la preuve de part de d'autre, c'est qu'a 1'6poque du testament, le d6funt 6tait extr~mement faible et de corps et d'esprit, souffrant depuis quelques mois de la tuberculose pulmonaire et c6r6brale aigui, qui affectait Girord J s6rieusement ses facult~s mentales et qui devait l'emporter h breve 6chdance et de fait 1'emporta un mois apris.
On congoit que cette circonstance est toujours un 416ment important pour d6couvrir Pinfluence indue. Cette r6gle est ainsi pose dans VAmericani and English Encyclopowdia of Law (2 ed.), vol. 29, page 111, oii tous les pr6c6dents sont cites, et ils sont nombreux:
Enfin, il est en preuve que, mime en sant6, le dfunt 6tait d'un temp6rament trbs faible et facile h influencer. Mr. Lesage, qui fut son notaire pendant plusieures ann6es, dit qu'il 6tait tris timide et qu'en dehors de ses affaires personnelles, il ne connaissait absolument rien.
On congoit maintenant que Fintim6 qui, s'il faut croire les all6gations du plaidoyer de Fintim6, 6tait son associ6 et son confident, h la date de son mariage et jusqu'h sa mort, ait congu l'idde, le d6but de sa maladie, de s'emparer de son esprit et de le tourner contre sa femme.
Nous touchons au second moyen de laction en nullit6, qui, selon moi, doit triompher.
En effet, h 16gard du moyen tir6 de la fraude et de 1'influence indue, nous sommes en face d'une autre situation.
Nous n'avons que le jug6 pur et simple du juge de premibre instance et c'est notre devoir de le renverser si nous le croyons contraire h la preuve qui est devant nous, mme si elle est contradictoire. Nous devons le peser comme aurait pu faire la cour de revision, et decider si elle justifie le jugement de la cour de premidre instance. Nous ne sommes plus g~n&s par 'autorit6 de la chose jug6e par deux cours sur une simple question de fait.
La suggestion et la captation on l'influence indue, c'est-h-dire la fraude, doivent tre prouv6es comme dans les cas ordinaires, c'est-h4-dire, par preuve directe verbale ou 6crite, ou par des pr~somptions. (Fuzier- Herman, codes annoths, art. 901, t. 2, n. 108, 109.)
C'est g~ndralement par ce dernier mode de preuve que 1'on prochde pour d6couvrir les men6es frauduleuses toujours conduites dans le secret.
(C..
art.
839, 993.)
Les auteurs et les tribunaux out pos6 certaines r~gles qui servent de guide.
Baudry-Lacantinerie, Pr6cis, t. 2, n. 774, nous dit que le dol existera et la captation ou la suggestion deviendra une cause de nullit6 si, par exemple, le donataire a calomni6 les hiritiers prisomptifs du donateur, on si, par de d~testables artifices, il a irrit6 le donateur contre ses parents, dans le but de se faire donner ce qui aurait dft 16gitimement leur revenir.
Laurent, vol.
11, n. 132, ajoute que la suggestion suppose que celui qui suggire le fait dans son int6rit et en abusant de
1'influence qu'il a sur 'esprit et la volont6 du testateur. Puis, au n. 134, il cite avec approbation un arrit de la cour d'Aix oi les moyens de captation sont analysis.
Us varient peu, d'apris cet arrit; ils sont pour ainsi dire st6rbotyp&s.
Le 16gataire, a, recours h la ruse, au mensonge, aux plus odieuses calomnies contre Phdritier pr6somptif du testateur, cherchant h lui enlever son affection pour lui ravir plus sfirement son h6ritage.
On d6nonce, ajoute DUSSAULT. Laurent, citant d'autres arrits, les h6ritiers prdsomp- Girouard J. tifs comme ingrats et m6chants, impatients de saisir une fortune qui tarde trop h leur 6choir. Enfin Laurent, v. 135, conclut:
Un fait dont les tribunaux doivent tenir compte, c'est poison la calomnie que des mains perfides versent goutte a goutte dans l'esprit du vieillard.
Marcad6, t. 3, art. 901, page 407:
Mais si la captation ou la suggestion sont frauduleuses; si l'on n'a fait adopter que par le mensonge et Pastuce la r6solution qui depouille les h6ritiers; si c'est par de coupables manoeuvres, par d'indignes inventions, par de fausses apparences qu'on est parvenu ft perdre les h6ritiers dans 1'espirit de leur parent et prendre leur place, alors on peut dire que l'acte lib~ralit6 n'est pas 'expression exacte de la volont6 libre et vraie du disposant, mais bien plutot 1'expression la volont6 de celui qui la fait faire.
Le droit anglais a toujours t6 trbs jaloux de la libert6 entibre et clair6e requise pour tester. En 1838, dans Barry v. Butlia(1), le conseil priv6 a rendu une d6cision dont I'autorit6 n'a jamais t& mise en doute et qui a 6t6 souvent invoqude depuis.comne faisant loi, particulibrement dans Fulton v. Andrew (1875) (2) ; Brown v. Fisher (1890) (3).
Lord Hatherly disait dans Barry v. Butlin(l) matter which appears to me deserving of some remark and upon which the Lord Chancellor has already fully commented is the supposed existence a rigid rule which when you are once satisfled that a testator of a competent mind has had his will read over to him and has thereupon executed it, all further inquiry is shut out. No doubt these circumstances afford very grave and strong presumption that the will has been duly and properly executed by the testator.
L.R. H.L. 448. L.T.
Still circumstances may exist which may require that something further shall be done in the matter than the mere establishment of the fact the testator having been person sound mind and memoryV and also having read over to him that whiclihad been prepared for him and which he executed as his will.
It is impossible, as it appears to me, in the cases where the ingredient of fraud enters to lay Girouard J. down any clear and unyielding rule like this.
Et plus loin, Lord Hatherly conclut:
There is one rule which has always been laid down the courts having to deal with wills and that is that a person who is instrumental in the framing of a will and who obtains a bounty by that will is placed in a different position from other ordinary legatees who are not called upon to substantiate the truth and honesty of the transaction as regards their legacies.
It is enough in their case that the will was read over to the testator and that he was of sound mind and memory and capable of comprehending it.
But there is a farther onus upon those who take for their own benefit after having been instrumental in preparing or obtaining a will.
They have thrown upon them the onus of shewing the righteousness of the transaction.
Voyons si ces 61ments se trouvent dans 'espice qui nous occupe.
Les faits transcendants de la cause sont deux testaments faits par le testateur et les circonstances qui en out anen6 l'ex6cution.
Le d6funt, Joseph Dussault, et son 6pouse, 1appelante, 6taient tons deux natifs de la paroisse de Deschanbault, en haut de Qu6bec, de parents cultivateurs et poss6dant, paraitii, une 6ducation 616ientaire, car tons, parents et enfants, savaient lire et 6crire, et out sign4 an contrat de mariage de Joseph.
Ils se connaissaient depuis leur plus tendre jeunesse, et comme tout le monde se connait dans nos paroisses de campagne, Joseph devait savoir si Pappelante lui ferait une bonne femme et une bonne m6nagbre; ils 6taient m~me apparent6s, car 'acte de c616bration du mariage constate qu'il y a eu dispense de parente au 4e d6gr6, ainsi que de la publication de deux bans.
La famille Dussault comptait pas moins de sept fils, et Joseph et son frdre Arshne se dcidrent a apprendre un m6tier, celui de tailleur de pierres, et d'aller tenter fortune h Montr6al. En 1896, ils se firent bouchers en soci6t6 h Maisonneuve de Montrial. La soci6t6 se livra aussi aux achats et ventes de propri~tis foncibres.
eurent du succs, et bient6t Joseph se trouva valoir une couple de mille piastres.
C'est alors, a 1'Age de 29 ans, qu'il songea a prendre femme et a cette fin tourna ses regards vers la paroisse natale, le 2 mars, 1897, de lagr6ment des parents de part et d'autre, il 6pousa Pappelante, ag6e de 24 ans, aussi fille d'un cultivateur, intelligente, laborieuse et poss6dant une certaine 6ducation 616mentaire.
Le mariage fut prc6d6 d'un contrat de mariage pass6 a Deschambault contrairement a la coutume g6n6ralement suivie dans nos campagnes, la communaut6 de biens fut excluse et la s6paration de biens stipul6e, la future 6pouse renongant au douaire et ne recevant d'autre avantage que la donation, a condition de survie, du petit manage au domicile conjugal a Maisonneuve.
C'est son notaire de
Montr6al, Mr. Lesage, qui lui avait conseill6 la separation de biens. C'est ce que le notaire d6clare. L'appelante, qui fut examinde deux jours avant lui, donne plus de d6tails sur cet incident.
Le 5 mars, 1897, devant le notaire m~me qui avait regu le contrat de mariage, les deux 6poux firent un testament mutuel et r6ciproque instituant le survivant le 16gataire universel du pr6d~cd6. Au dernier vivant les biens, telle fut done la rigle de succession arr~t~e entr'eux, qu'il y eut des enfants on non. Les J. deux testaments, il est vrai, ne lient personne; chacun pouvait 16galement le r6voquer en aucun temps; mais il me semble qu'ils cr~ent une obligation morale qui doit avoir quelque valeur dans une cause comme celle-ci. Il me faudrait une preuve bien claire de la volont6 contraire du testateur pour pouvoir ignorer une semblable obligation et en sanctionner la violation.
Ayant ainsi pourvu h l.'ventualit de la mort, les
6poux allrent resider A Maisonneuve dit sa veuve,
"nous avons vecu heureux jusqu'en juin, 1903." C'est aussi cc qu'observe la tante Marie Louise Morissette qui passa quelques jours avec les Dussault en juin de la mime ann6e. Une de ses voisines, Mine. Fausse, qui habita pendant cinq mois an premier 6tage de la nme maison jusqu'au ler. mai, 1903, et qui voyait les Dussault presque tous les jours, constate le mime
"J'ai bien heureux."
Et comment pouvait-il en 6tre autrement. L'appelante 6tait entibrement ddvou6e A son mari et h ses int&rts.
Jamais le moindre souppon d'infid6lit6 de paresse on de frivolit6, n'a pland sur sa tite. Elle s'occupait des dbtails du manage, faisant la cuisine, le lavage et tons les travaux domestiques sans 6tre aide d'une servante.
Elle neut pas d'enfants, et lorsque ses occupations ordinaires le lui permettaient, surtout le samedi soir lorsque 1'achalandage se faisait le plus sentir, elle aidait a la shop ou boutique des deux frbres, soit a la caisse on aux ventes, et cela sans rdmundration aucune. Elle trouva m~me le temps de pensionner son beau-frdre Arsine, I'intim6, depuis les premiers jours de leur mariage, et de verser par l6 j. durant sept ann6es dans la caisse de son mari au moins $2 par semaine on $100 par ann6e, car bien que le prix de sa pension ne paraisse pas au dossier, il ne devait pas payer moins que son frbre Laurent, qui pensionna avec eux pendant un mois du 15 f~vrier an 15 mars, 1904, h $2 par semaine. Elle trouva meme le moyen de faire de petites 6conomies en fabriquant au temps de No~l et de PAques, des rosettes et autres decorations dont les bouchers ornent leurs boutiques et voitures h 1'occasion de ces grandes fMtes, 6conomies qu'elle d~posait toujours en banque, pour plus tard les placer entre mains stres h un taux d'int6rit plus 61ev6 que celui des banques d'6pargnes. Au d6cis de son mari elle valait $303, $58 en banque, et le reste en bons billets.
En 1903, Joseph Dussault valait $6,000 si nous prenons 1'estimation d'Arshne, $8,000 d'apr~s celle de l'appelante.
Je suis surpris que 1'inventaire qui fut fait apris le dchs de Joseph, par le notaire Lesage, n'ait pas 6t6 produit ou consult6, car en le parcourant, on aurait probablement pu s'assurer de la. valeur exacte de la succession du d~funt. A d~faut de cette preuve, il r6sulte des documents produits que Joseph et Arsine poss~daient alors des imineubles, clairs de toutes dettes, d'une valeur de $12,100, dont $6,050 appartenant h chaque, ce qui ajout6 h $1,400 d~pos~es par Joseph en banque, et $450 pour sa part dans le commerce, forme les $8,000, on h pen prs.
La vie heureuse et prospbre des 6poux Dussault fut soudainement brise en juin, 1903. Le mari conienga alors a se plaindre qu'il 6tait souffrant d'indigestions, insomnies, manques d'app6tit, 6puisements, etc. Lorsqu'il alla consulter le m~decin pour la premi re fois le 15 aofit, 1903, le Dr. Quintal, c'6tait encore ses sujets de plainte.
Arskne, comme tout le monde d'ailleurs, ne manqua pas de s'apergevoir que son frre 6tait s6ricusement malade. Voici ce qu'il dit lui m~me h ce sujet:
Pas plus que Joseph, Arsine ne connaissait d&s le debut le caractbre de la maladie, mais il pouvait en mourir et il savait it tout 6venement qu'il avait une femme sans enfants en faveur de laquelle il pouvait tester, sil ne connaissait pas 1'existence du premier testament. II voit de suite une belle chance de doubler ou au moins d'augmenter consid6rablement sa fortune et il Ia saisit sans retard. faut irriter le mari contre la femme, lui inspirer la haine contre elle, et conne dans tons les cas de captation, il eut secours it la calomnie; il fallait le convaincre qu'elle est la cause de sa ialadie. Son frbre souffre d'indigestions, il le convaincra a force de le lui dire et de le r6peter, qu'elles sont dfies a la mauvaise nourriture pr6pare par sa femme.
Ars&ne affirme que Joseph s'est plaint de la mauvaise cuisine les premiers jours de son m6nage, et qu'elle fut toujours mauvaise. II est le seul t6moin qui parle de cette fagon et son t6moignage n'est pas inme vraisemblable. Autrement, comment expliquer le fait qu'Arshne, qui 6tait simple pensionnaire, soit rest6 h manger h cette mauvaise table pendant sept ans, h part un intervalle de 4 mois, lui qui, c6libataire et en moyens, n'y 6tait retenu par aucun lien. Et lorsqu'il alla pensionner ailleurs, vers 1900, pendant ces quatre mois, ce ne fut pas h cause de la nourriture, mais parce que la shop de boucher 6tait ferm6e. Puis, pourquoi n'est-il pas parti lorsque Joseph alla passer deux mois A la campagne. en 1903?
alligue dans son plaidoyer que le d6faut de soins de la part de sa femme lui fut signal6 par des parents de cette derni~re.
C'est une assertion toute gratuite. Ars~ne est contredit par plusieurs temoins, d'abord par l'appelante et puis par sa sueur H61ne, institutrice, qui passa avec elle sa vacance de juillet et aofit, 1903. Le t~moignage de l'appelante a t rendu sans hisitation, ni contradiction, et avec la plus grande franchise. , Elle n'h6site pas h relater la premibre des choses dsagreables a son 6gard, par exemple que, durant sa maladie, son mari s'est plaint en sa pr&sence de sa cuisine h son frdre Arshne, an Dr. Rottot et h d'autres. Mais ce qui est plus important, ce qui me fait adopter son t6moignage de pr6f6rence h celui de 1'intim6, c'est que non seulement il n'est pas contredit, mais il est corrobor6 sur le point le plus saillant de la cause, la calomnie, tandis que c'est tout le contraire h propos du t6moignage de 1'intim& Voyons ce qu'elle dit an sujet de la date des plaintes contre la nourriture et de celui des deux frbres qui les porta le premier.
Qui le premier a commenc6 &, se plaindre de la nourriture? R. C'est Arsene Dussault le dfendeur.
Et avant:
DussAuLr. Monsieur Arsene Dussault, s'est-il plaint . votre mari durant Girouard J. le mois de janvier, 1904 ?
S'est-il plaint avant?
R. Depuis le mois de juin,
Transquestionn6e par M. Bonin C.R.:
Vous nous avez dit que votre mari 6tait tomb6 malade le 3 juin,
R. Je n'ai pas cits le juin, j'ai dit aux environs du mois juin, Je n'ai pas cit6 quantiame.
Vous n'avez pas cit6 quantiame, c'est aux environs du mois de juin?
R. C'est dans le cours du mois de juin.
Et puis, du moment qu'il est tomb6 malade, il a & se plaindre de la nourriture?
R. n'est pas lui-meme qui a commene6 A se plaindre. C'est Arsene?
AussitOt que votre mari est tomb6 malade?
H14ne Mayrand, institutrice, la sceur de Pappelante sans int6rit dans la cause, qui passa avec elle la vacance de juillet et aofit, 1903:
Est-ce que monsieur Joseph Dussault se plaignait d'4tre malade ?
R. Monsieur Dussault commencait & etre malade.
Est-ce que monsieur Arsine Dussault se plaignait de la nourriture?
R. Oui, tres souvent, ou fois par semaine.
Q. A qui?
R. Il se plaignait de la nourriture A monsieur Joseph Dussault, Q. son frere?
Combien de fois par semaine?
R. ou fois par semaine.
Pendant tout le temps que vous avez la ?
D'apris la propre version de 1'intim6, il ne cessa de parler de la mauvaise cuisine durant tout le temps de la maladie.
Non, il n'est pas parti, bien qu'invit6 a le faire par 1'appelante, d'apris ce qu'il dit; il ne pouvait licher sa victime; il aurait peut-tre manqu6 son coup. Et dire que toutes ces j6r6miades 6taient absolument sans fondement.
Un pensionnaire, a $2 par semaine, ne pouvait gubre s'attendre a une fine cuisine. Tous les t~lmoins, qui out gofit6 les mets pr6par~s par 1'appelante, lui reudent le t6moignage qu'ils 6taient bons et quiconque connait les femmes et les filles de nos cultivateurs sait qu'en g6ndral elles savent faire i manger.
Si la nourriture 6tait si mauvaise, cominent expliquer qu'apr~s le d6part de Joseph pour Deschambault durant 1'td et Pautomne de 1903, et en mars, 1904, Arsane soit rest6 avec sa feime jusqu'au moment ofi elle alla le rejoindre vers le 15 mars. Laurent, qui arriva le 15 f~vrier, 1904, pour remplacer son frbre Joseph, ne dit pas un mot de la nourriture. Joseph et Arshne dsiraient beaucoup le garder avec eux; mais ils craignaient 1'opposition de la femme;
elle consentit cependant et Laurent pensionna chez elle pendant un mois, jusqu'h son d6part pour Deschambault, le 15 mars, bien que son frdre lui dit qu'il paierait sa pension l4 oii ga lui plairait de 1'avoir.
Avant la maladie de Joseph, pendant cinq mois cons6cutifs, 31me. Fausse, une voisine, 6tait dans l'habitude de visiter le foyer des 6poux Dussault presque tous les jours; elle y a vu souvent le mari, qui ne parait pas s'tre plaint des repas. Et comment cela pouvait-il arriver? Voici son appr6ciation de la table:
Marie Louise Morrissette, la tante de 1'appelante, ag6e de 60 ans, celle-1 m~me dont Fintim6 invoque le timoignage, a pass6 quelques jours avec les Dussault en juin, 1903, et voici ce qu'elle dit sur le sujet:
Elle ajoute que le mari avait ddjh commen& ses plaintes au sujet de la nourriture.
Il se plaignait aussi qu'il avait le rhume.
C*6tait 6idemment le commencement de la maladie.
D~s le d6but, ces plaintes ennuybrent profond6ment I'appelante, qui ne comprenait rien a ce nouveau langage.
Elle invita sa sceur H1ne a venir passer ses vacances avec elle. L'6nigme fut bieut6t expliqu6e, car la maladie augmentait et les plaintes aussi. Voici d'abord cc que raconte la demandresse, et elle r6pite Girouard J les mimes faits i plusleurs reprises:
R. J'ai eu tris bien soin mon mart; la nourriture que je pr6parais Ctait bonne sa maladie, meme pour le satisfaire, j'ai fait venir tine de mes
Est-ce qu'll ktait satisfait de sa nourriture?
R. Aux mois d'aofit et juillet, monsieur Arsene Dussault pourvu que 1'ordinaire fut prepar6 par ma il trouvait satisfait.
Tous les deux?
R. Tous les deux, quand c'tait moi, les .reproches commencaient. Voici maintenant le t6moignage de la soeur; Est-ce que votre sceur faisait une bonne nourriture, quelle nourriture faisait-elle votre sceur?
R. Elle faisait tine bonne nourriture, une nourriture bien ordinaire.
Q. Faisiez-vous la nourriture aussi?
R. Oui, il est arriv6 quelquefois que j'ai prdpard les repas quand monsieur Joseph Dussault et monsieur ArsCne Dussault savaient que c'tait une autre que madame Dussault, qui avait pr6pard les repas, ils 6taient contents, ils ne plaignaient pas; quand ils savaient que detait madame Dussault, ils disaient que la nourriture n'6tait pas bonne.
Par le juge:
Taus les deux?
Ce t6moignage, rdpt6 plusieurs fois, peint la sitnation, savoir qu'Arshne n'avait qu'un but lorsqu'il souleva le cri de mauvaise nourriture; c'6tait d'influencer indfument Joseph; d~s juillet et aofit, 1903, il avait entibrement r~ussi. La captation augmentera avec le temps. La suggestion viendra plus tard n6cessairement.
Nous avons signald assez de la preuve pour constater que la plainte de la inauvaise nourriture, inagine et Jance par Arsene, eut un effet terrible sur 1'esprit faible et malade de Joseph. II parait plus calme aprbs avoir 6t6 h la campagne pendant une couple de mois chez ses parents a Deschambault, Goign6 d'Arsine.
en revint en novembre, 1903, se sentant un peu mieux. "I n'y avait pas beaucoup de difference," observe son medecin d'alors, le Dr. Quintal.
cessa, cependant, de voir les medecins.
Mais la maladie que le Dr. Quintal appelle "Duplicas pulmonaire aigu," faisait son euvre sourdement, mais sfirement; elle devient formidable en janvier et f~vrier,
1904. II va consulter le Dr. Rottot, un ancien praticien trbs en vue Montr6al, et plus tard d'autres sp~cialistes.
leur dit h tous que c'est la cuisine de sa femme qui le tue, d'abord au Dr. Rottot en janvier ou f6vrier, 1904, au Dr. Masson le 2 mars, 1904, an Dr.
Bruneau le lendeiain on le surlendemain, aux pr~tres de sa paroisse et enfin h tons ceux qui venaient en contact avec lui. Qu'il me suffise de citer quelques thmoins.
Le Dr. Masson, qui fit un examen du malade h son bureau le 2 mars, 1904, dit, notes 6crites en mains:
A
Il n'y a pas 1'ombre de preuve qu'elle l'abandonna on parlit de le faire. Arskne l'admet lui mime. Seulement, comme son mari lui reprochait toujours de le nourrir mal, elle lui proposa d'aller tous les deux se mettre dans une bonne pension; mais il trouvait que Girouard J. ga cofiterait trop cher, et dans son bon coeur elle lui offrit d'aller travailler dans une manufacture pour Paider h payer la pension. Ils n'all~rent pas At une pension et les 6poux continubrent de tenir maison au domicile ordinaire h Maisonneuve.
Le Dr. Bruneau, le medecin d'Arsne h qui il 'envoya le 3 ou 4 mars, dit:
Pouvez-vous nous dire
*
*
* vous souvenez-vous que Joseph Dussault vous dit? ne s'est-il pas plaint sa femme a vous?
R. Certainement.
Qu'est-ce qu'il yous a dit?
R. Eh, bien, 1'impression qui me reste, c'est qu'il avait des troubles famille.
Est-ce qu'il ne vous a pas dit que sa femme ne lui donnait pas la nourriture dont il avait besoin?
Ne s'est-il pas plaint devant R. Il s'est plaint devant moi la nourriture.
Le jour mime oil il fit son testament ou le lendemain, avant son d6part pour Deschambault, le 6 mars, il va dire bonjour h son cur6, Mr. Dugas, et dans le cours de la conversation lui fait la d6claration suivante:
R. Il dit que sil mourrait, c'!tait par manque soins, que son 6pouse avait refus6 de la traiter convenablement.
A-t-il parI6 la nourriture que son 4pouse lui donnait? R. Oui, qu'elle ne voulait pas lui faire la nourriture qu'il lui demandait; il m'a dit qu'il lui avait meme offert d'avoir une cuisiniore, et qu'elle avait refus4, qu'elle n'avait pas voulu prendre, que c'6tait la raison pour laquelle il avait souffert.
Tous ces avancis 6taient faux; non, elle n'a pas refus6 une cuisinidre, en f6vrier elle en fit venir une Mme. L'HFeureux.
Enfin, le 13 mars, lorsque Joseph 6tait avec ses parents h Deschambault, voici le langage qu'il tint au Dr. Lord:
A se fait encore illusion.
Pas un medecin n'est venu jurer cela.
M3me si c'6tait vrai, P'opinion ne vaudrait rien, 6tant appuye sur des faits imaginaires qui n'exist~rent pas en dehors de 1imagination d'Arsine et de Joseph.
On comprend qu'un esprit fauss6 et mont6, comme 6tait celui de Joseph Dussault, ne pouvait librement disposer de ses biens et r~voquer un testament, particulibrement si Pon considbre son 6tat de faiblesse de corps et d'esprit. Nous pourrions laisser la preuve ici et conclure que Fintim6 a obtenu le testament du 5 mars, 1904, par fraude, captation et influence indue. Mais Phistoire de la suggestion n'est pas moms instructive, car elle nous fait connaitre le motif de ces inenes frauduleuses, 1objet qu'Arshne poursuivait. Son but 6tait d'obtenir la revocation du premier testament et 1'ex~cution d'un autre en faveur des siens, et de lui m~me avant tout. Il ne parait pas avoir abord6 ce sujet au commencement de la maladie durant Pt6 on Pautomne de 1903. Arsine craignait peut-6tre que Joseph souppounerait son jeu, s'il montrait son int~rt. II attendit done que la captation fut bien complete. Ce fut loeuvre de quelques mois. Ars~ne jure qu'il n'a jamais connu 1'existence d'un testament ant(rieur avant I'occasion oil il fut question de faire le testament dont la nullit6 est deimande, Girouard J. c'est-h-dire, vers le 4 mars, 1904, mais il ajoute que, mime h cette date, il ne savait pas comment il 6tait fait. Joseph lui a dit qu'il 6tait s~par6 de biens, mais rien de plus:
Vous jurez qu'il ne vous a pas dit qu'il avait biens -1 sa femme lendemain son mariage?
R. Non, monsieur.
Q. Vous jurez cela?
Comment croire en la v6rit6 de ces rdponses. L'intim6 habite constamient pendant sept ans avec son frbre a leur place d'affaires et au domicile priv6; ils se voyaient le jour et la nuit; ils sont non seulement frbres mais associds en toutes choses; il est mime son confident, s'il faut croire ce qu'il allgue dans son plaidoyer, mais il ne lui a jamais parlM du testament fait h sa femme.
Cette histoire est bien invraisemblable, et il ne faut pas s'6tonner si elle est contredite. Voici d'abord ce que dit 1'appelante:
Q. Est-il I votre connaissance que monsieur Arsane Dussault savait qu'il y avait un testament votre dfunt mari votre faveur?
R. Oui. il le savait au commencement d'aoft.
Q. quelle annCe?
R.. Au commencement d'aoot, mon mari a dkelar6 devant Arsane Dussault et devant ma Mayrand qu'il m'avait tout donn6 ses biens et que je pouvais (tre tranquille, que j'6tais certaine qu'aprbs sa mort tons ses biens me reviendraient; quelque temps apres, il a dit encore devant les momes personnes qu'apras mort la femme les biens devaient retourner an mari, et que les biens du mari devaient retourner A la femme.
Puis vient le t6moignage d'lllne Mayrand: Q. Est-il a votre connaissance que monsieur Arsone Dussault savait qu'il avait un testament en faveur madame Dussault?
R. out parlk du testament un jour, all commencement d'ao1t, monsieur Joseph Dussault a dit a sa femme devant monsieur Arsne Dussault que sa femme pouvait ktre tranquille, que papiers 6taient passs entre les deux, qu'elle pouvait otre certaine Gironard J. que tous les biens qu'il possdait lui retourneraient a sa mort; dans une autre occasion que les biens du mari devaient retourner a femme et que les biens de la femme devaient retourner son mari.
C'etait dans le mois d'aoit?
R. Oui, an commencement d'aofit.
Q. 1903?
Transquestionn6e par .1. Bonin C.R.:
Q. 2Maintenant, recontez done madame qu'a dit monsieur
Dussault, quelles expressions il s'est servi quand il dit que la femme devait laisser les biens an mari et que mari devait laisser les biens la femme, vous rappelez-vous a pen pros comment est venue cette conversation?
R. C'est venu sur une question insignifiante.
Dites-le toujours?
R. s'agissait des biens, il avait une autre personne morte et ses biens retournait A d'autres personnes et c'est sur cette question-lil qu'il a rGptO que les biens du mari devaient retourner a femme.
Monsieur Joseph Dussault trouvait la chose bien injuste de ne pas laisser les biens a sa femme et les donner a un autre, alors il a dit, qui appartenait a la femme devait retourner au mari, et qui appartenait au mari devait retourner a le femme, qu'il devaient se donner cela A i'autre.
Arshne a dit comprendre par li qu'en aofit, 1903, le moment n'4tait pas encore arrive de parler de la rvocation du premier testament.
Joseph avait des ides trop arr&6es sur le sujet, puis que dans son testament -I sa fenune il ne fait ancune reserve an cas oft ils auraient (es enfants.
Ars~ne n'avait pas d'autre chose i faire qu'it attendre et il attendit, continuant tonjours ses lamentations sur la nourriture.
En janvier et f~vrier, 1904, Ia maladie avait pris une nouvelle phase, elle niarchait rapidenient. Joseph, accoipagn de sa fenune, va voir le Dr. Rottot trois ou quatre fois. Le Dr. le trouve ramolli, que ga fut caus6 par la tuberculose ou par d'autre chose, il ne peut pas se rappeler, n'ayant pas pris de notes. II 6tait Giroad J trbs malade et toussait beaucoup. L'abb6 Chauss6 le rencontre dans la rue et lui recommande d'aller voir le Dr. Masson. II s'y rend seul le 2 mars. Le patient 6tait dans le d6lire. Le docteur t6lephone de suite A Mr. Chauss6 que Joseph Dussault avait perdu la tate et qu'il serait mort dans trois semaines.
Le m~me jour, le 2 mars, Mr. Chauss6 communique cette r6ponse h Arsine, qui 6videmment ne pensait comme le docteur, surtout qu'il ffit fou. Il 1'envoie de suite, le 3 mars, chez son propre m6decin, le Dr. Bruneau, qui le trouve sain d'esprit, capable de faire un testament, inais il ajoute qu'il 6tait gravement malade, souffrant de tuberculose pulmonaire aigui, avec des signes d'6puisements nerveux et une fibvre de 103 d~grbs, et qu'il n'irait pas loin. Enfin, le lendemain, le Dr. Bruneau donne communication h Ars~ne du r6sultat de sa consultation par 1'entremise de son fr re Laurent. De suite il comprend qu'il n'y a pas de temps h perdre.
Il ne dit rien it 'appelante de ce qu'il venait d'apprendre. Il ne songe pas h l'envoyer h confesse. Il y 6tait all6 il est vrai deux fois h la fin de f6vrier ou dans les premiers jours de mars. D'ailleurs Joseph 6tait un bon chr6tien qui communiait tous les'mois. Non, ce n'6tait pas le prtre qu'Arshne d6sirait.
C'4tait un notaire, non pas un du voisinage, mais son propre notaire, Mr. Lesage, qui avait son bureau h trois ou quatre milles et qui avait toujours t aussi le notaire de Joseph. Arsine saisit Foccasion oil il 6tait dans le bureau de la boutique, le 4 mars. A cette entrevue, on parle de faire un testament.
Impossible de dire ce qui se passa et ce qui fut dit, h moins de croire Arsine et son frdre Laurent, un autre b6n6ficiaire, present une partie du temps, qui ne se rappelle de rien, si ce n'est que Joseph voulait donner ses biens sa famille, faire une plus large part h Arsine et laisser h sa femme une rente viagbre de $75. C'6tait Girrd J. tout naturel apris le travail qui avait t fait. Arshne dit tout nalvement:
Mais il vaut mieux laisser parler les faits.
Ils sont plus bloquents que les paroles. Le jour nme
Arsine regoit le rapport du Dr. Bruneau, il parle de testament avec Joseph. II va de suite prbvenir son propre notaire, Lesage, qui connait bien les affaires de Joseph. Il lui recommande de garder le secret de ses mouvements, car Joseph ne vent pas que sa femme sache ce qui se passe. II va loner une chambre dans le restaurant "La Boule D'or," situ6 dans le voisinage, et il offre d'en payer le loyer lui mime. Le 5 mars an matin, vers les dix heures, il attend le notaire qu'il dirige vers le restaurant. Puis il rentre pr6venir son frre Joseph et 1'invite h sortir pour prendre l'air. 11 le dirige aussi vers le restaurant, le suivant de pros.
Tous trois iontent le premier escalier, Joseph avec beaucomp de peine, tant il 6tait faible. Joseph passe ses papiers an notaire. On fait 1'estimation des biens.
Joseph dit an notaire comment les distribuer, puis il se couche sur un sofa en attendant que le notaire
6crive son acte. Tout le temps, Ars~ne est lh qui ne le lhche pas de vue, excepth le temps qu'il fallait pour t4l6phoner an second notaire Paquin, l'associ6 de Lesage, pratiquant dans le m~me bureau, de venir servir de second notaire.
Par une 6trange disposition, arts. 843, 844, le code civil permet a un associd d'agir ainsi comme t6moin et seul t6inoin en sa qualit6 de second notaire, tandis que les clercs et J. les serviteurs du notaire-instrumentant ne le peuvent. Paquin fut longtemps i venir. Arsine, impatient, sort de nouveau et 'attend h la porte. le voit venir du cot6 de la iaison de Joseph. Le notaire lui expliqua qu'il n'avait pas bien compris son rendez-vous et qu'il 6tait chez Joseph pour se renseigner. Arshne s'alarme a cette nouvelle. Le secret allait-il s'6venter?
Arsine, revenu aupris du notaire et de son frbre avec Paquin, mentionne le fait et tons conviennent, a la suggestion de Joseph, dit-on, de dire que les notaires 6taient venus pour signer des papiers concernant une propritd de la rue de Montigny que les deux frbres venaient de vendre. Le testament fut de suite lu et sign6. Le testateur pleura et remarqua it Arsine qu'il regrettait de ne pas lui laisser plus. 11 avait r6voqu6 formellement son premier testament et institu6 Arsine son 16gataire universel, a la charge de quelques legs particuliers a ses pore et mere, frbres et soaurs. Sa femne 6tait ddshrit&e. ne lui donna ume pas la rente de
A sa place, le notaire le persuada de lui donner une police d'assurance de $1,000 dont elle 6tait dja la propridtaire et b6ndficiare.
pousse le farce encore plus loin. II confirme le don du mnage qui avait t fait h la femme par le contrat de mariage. Pourquoi cette r6f6rence h la femme? Un rayon de lumibre 6tait-il venu frapper le ceur et l'esprit de Joseph?
Fallait-il satisfaire sa conscience d'honnate homme tout en ne donnant rien?
Je suis convaincu que le testateur n'a pas compris que par ses ratifications, il faisait des lib6ralites h sa feime. II 6tait tellement irrit6 contre elle qu'il lui aurait enlev6 tout, police et manage,
"" si la chose avait kt possible. Le notaire ne lui a rien expliqu6 i cet egard. Le tour avait r6ussi merveille. Joseph 6tait consentant i signer le testament tel que Girouard pr~par6, et cela suffisait.
Le notaire Lesage lorsqu'il fut exaimin6, ddelare que
Joseph tait trop faible pour signer; mais en regardant .i sa minute, il coustata le contraire. Ars~ne resta pr&sent i I'ex~cution du testament du commencement a la fin et jura d'ahord qu'il 1'avait sign.
Il n'est pas moins certain qu'il fut t~moin de cc testament conine le notaire Lesage et bien plus que le notaire
Paquin.
La loi annulle les legs faits aux tnoins conmme prsumbs faits en fraude(1).
Ici la fraude et le dol sont prouves et c'est tout le testament qui est frapp6(2).
Le testament terin
, chacun se rendit chez soi.
Tout fut gard6 dans le plus profond secret.
Le lendeinain apr~s midi, Joseph partait pour Deschambault acconpagne de ses deux frbres jusqu'ai la gare et de
Laurent seulement durant le voyage par le chemin de fer junsqu't Deschambault. La femme forgait pour descendre avec lui, pour me servir de son expression, mais son man ne voulut pas.
Vers le 15 mars, son beau-pcre la fit mander, et i compter de ce jour elle ne cessa de lui prodiguer ses soins les plus assidus, jour et unit, soins qu'il n'a pu apprecier, car il dlirait presque tout le temps. Il est ddcd le arril,
1904, it Deschambault, oft il fut inhum6 deux jours apr s. Arshme n'assista pas it ses fndirailles; il ne le vit plus apr~s son depart de Maisonneuve le mars.
La vue de ses deux victimes aurait probablement augment ses remords.
Ce n'est que quelques jours apr~s son retour A Maisonneuve, vers le 15 avril, que l'appelante fut in- .
formde de 1'ex6cution du deuxibme testament. De 1h -la prdsente action que nous croyons devoir maintenir Jpour cause de suggestion et de captation on d'influence indue.
Non seulement l'intim6 n'a pas repouss6 la pr6somption de fraude du droit anglais, consacr~e par les d6cisions des plus hautes cours du Royaume-Uni, que nous avons signales en commengant, pr6somption de fait que je serais dispos6 h reconnaitre dans notre droit comme affectant la libert6 de tester qui nous vient des lois anglaises (Renaud v. Lamothe(1); art. 1238 C.C.) Qu'elle existe ou non dans notre droit, la preuve, que nous venons d'analyser, tablit une chaine de circonstances graves, pr6cises et concordantes qui ne laissent aucun doute qu'il a obtenu ce testament par le dol et la fraude et par cons6quent ne justifient pas d'autre alternative que celle de renverser le judgment dont est appel, mime s'il avait t6 rendu par deux cours apr~s d6lib6rations; car comme cette cour I'a d~clar6 en maintes occasions, nous sommes les juges des faits comme du droit et c'est notre devoir de renverser deux ou m~me trois cours, lorsque nous voycns clairment qu'il y a eu erreur. Russell v. Lefrangois (2) ; North British and Mercantile Co. v. Tourville (3) ; Lefeunt6un v. Beaudoin (4) ; Dempster v. Lewis(5) ; The Canadian Asbestos Co. v. Girard (6). C'est la conclusion h laquelle nous sommes tons arriv6s aprbs avoir donn6 h I'6tude de cette cause toute 1'attention que son importance exigeait.
Pour ces raisons, lappel est accord6, le testament du 5 mars, 1904, pass6 devant Mtre. Lesage et confrdre, notaires, est annul6 et I'action de lappelante maintenue avec ddpens contre Fintim6 devant toutes les cours.
concurred in the judgment allowing the appeal.
and JJ. also concurred for the reasons stated by Girouard J.
Appeal allowed with costs.