Motifs de jugement — Le juge Major (avec l’accord de la juge en chef McLachlin et des juges Bastarache, Binnie, LeBel, Deschamps, Fish, Abella et Charron)
73.1 (1) [Remise des objets saisis mais non confisqués] Sous réserve du paragraphe (2), lorsque, à l’issue des procédures portant sur le poisson ou les objets saisis, le tribunal n’a pas ordonné leur confiscation ou celle du produit de leur aliénation, les objets ou le produit sont remis au saisi.
(2) [Exception] Sous réserve du paragraphe 72(4), les règles qui suivent s’appliquent lorsqu’une personne est déclarée coupable d’une infraction portant sur le poisson ou les objets saisis et que le tribunal inflige une amende mais n’ordonne pas la confiscation :
a) le poisson ou les objets peuvent être retenus jusqu’à l’acquittement de l’amende;
b) ils peuvent être vendus par adjudication forcée pour paiement de l’amende;
c) le produit de toute aliénation peut être affecté au paiement de l’amende.
(1) La Loi sur la gestion des finances publiques
(1) La Loi sur la gestion des finances publiques
(2) Enrichissement sans cause
(2) Enrichissement sans cause
J’estime [. . .] qu’il convient de scinder en deux étapes l’analyse du motif juridique. Le demandeur doit d’abord démontrer qu’aucun motif juridique appartenant à une catégorie établie ne justifie de refuser le recouvrement. En circonscrivant la liste des catégories que le demandeur doit examiner pour démontrer l’absence de motif juridique, on répond à l’objection soulevée par le professeur Smith voulant que la formulation canadienne du critère oblige à prouver ce qui n’est pas. Parmi les catégories établies susceptibles de constituer un motif juridique, il y a le contrat (Pettkus, précité), la disposition légale (Pettkus, précité), l’intention libérale (Peter, précité) et les autres obligations valides imposées par la common law, l’equity ou la loi (Peter, précité). S’il n’existe aucun motif juridique appartenant à une catégorie établie, le demandeur a alors établi une preuve prima facie en ce qui concerne le volet « motif juridique » de l’analyse.
La preuve prima facie est cependant réfutable si le défendeur parvient à démontrer qu’il existe un autre motif de refuser le recouvrement. En conséquence, le défendeur a l’obligation de facto de démontrer pourquoi il devrait conserver ce dont il s’est enrichi. À cette étape de l’analyse, le défendeur peut donc recourir à une catégorie de moyens de défense résiduels qui permettent aux tribunaux d’examiner toutes les circonstances de l’opération afin de déterminer s’il existe un autre motif de refuser le recouvrement.
Lorsque le défendeur tente de réfuter la preuve en question, les tribunaux doivent tenir compte de deux facteurs : les attentes raisonnables des parties et les considérations d’intérêt public. . .
La première question est de savoir s’il existe un motif juridique d’une catégorie établie qui justifie de refuser le recouvrement. Dans l’affirmative, le recouvrement est refusé. Dans la négative, la demande de recouvrement est accueillie de prime abord, à moins que le défendeur ne puisse démontrer l’existence d’un autre motif de refuser le recouvrement, ce qui rend réfutable la preuve prima facie du demandeur.
[traduction] Le dénominateur commun de l’iniquité reconnu par la common law disparaît lorsque l’organe législatif agit conformément à sa compétence et édicte, comme en l’espèce, que la municipalité doit percevoir des sommes déterminées, que les contribuables doivent payer ces sommes, que la municipalité peut utiliser l’argent perçu et qu’elle doit effectuer un remboursement si la somme perçue est rajustée à la baisse lors d’un appel, et ce, avec intérêts si elle a adopté un règlement. Le texte législatif aurait pu également préciser qu’un contribuable doit payer les sommes fixées, sans disposer d’un mécanisme de plaintes. Tout le monde dénoncerait l’iniquité d’un tel texte législatif; cependant si ce texte relevait de la compétence constitutionnelle du législateur, la common law ne pourrait rien à cet égard. Il n’est pas question d’une lacune de la loi qu’il appartient à la common law de combler. Les taxes sont une création de la loi et les conditions applicables à leur paiement et à leur remboursement doivent se trouver dans les textes législatifs liés à leur création. La common law ne saurait qualifier d’injuste une loi relevant de la compétence du législateur, et elle le ferait si elle imposait une obligation additionnelle de payer des intérêts en sus de l’obligation légale de percevoir et de rembourser un montant précis.
Nous sommes tous d’avis que ce pourvoi doit échouer. L’appelante ne peut réclamer le paiement d’intérêts sur un trop‑perçu de taxes en se fondant sur la théorie de l’enrichissement sans cause, en raison du par. 6(1) de la Municipal Interest and Discount Rates Act, 1982, S.O. 1982, ch. 44. Ce paragraphe autorise une municipalité à adopter un règlement visant le paiement d’intérêts et lui confère aussi le pouvoir discrétionnaire de le faire. En l’espèce, la ville de London n’a pas adopté pareil règlement. En conséquence, la demande fondée sur l’enrichissement sans cause échoue et le pourvoi est rejeté avec dépens.
(3) L’obligation fiduciaire
J’estime toutefois que, lorsqu’une loi, un contrat ou peut‑être un engagement unilatéral impose à une partie l’obligation d’agir au profit d’une autre partie et que cette obligation est assortie d’un pouvoir discrétionnaire, la personne investie de ce pouvoir devient un fiduciaire. L’equity vient alors exercer un contrôle sur ce rapport en imposant à la personne en question l’obligation de satisfaire aux normes strictes de conduite auxquelles le fiduciaire est tenu de se conformer.
Dans ces cas, il s’agit de savoir si, compte tenu de toutes les circonstances en présence, une partie pouvait raisonnablement s’attendre à ce que l’autre agisse dans l’intérêt de la première relativement au sujet en cause.
(4) Fiducie
(4) Fiducie
[traduction] Lorsque du « poisson » a été légalement saisi et aliéné en vertu de la Loi et que le produit de l’aliénation a, par la suite, été restitué conformément à l’art. 73.1 de la Loi, la Couronne est‑elle tenue de payer à la personne ou aux personnes dont le « poisson » a été saisi un montant quelconque en sus du produit net de l’aliénation?
La réponse est « non ».
Arrêts cités
- R. v. Gladstone 23801-1996-08-21 ¶ 3
- B.C.J. No. 2360 B.C.J. No. 2360 ¶ 5
- 2002 BCSC 1447 2002 BCSC 1447 ¶ 5
- 21 B.C.L.R. (4th) 247 21 B.C.L.R. (4th) 247 ¶ 5
- 2003 BCCA 614 2003 BCCA 614 ¶ 5
- R. v. Ulybel Enterprises Ltd. 2001 SCC 56 par 36 ¶ 9
- Il a fait observer Il a fait observer, au par. 37 par 37 ¶ 9
- Pettkus v. Becker item-2562-1980-12-18 p 848 ¶ 16
- Peel (Regional Municipality) v. Canada; Peel (Regional Municipality) v. Ontario 21342, 22301-1992-11-19 p 784 ¶ 16
- Garland v. Consumers' Gas Co. 2004 SCC 25 par 30 ¶ 16
- Loi. Les intimés invoquent l’arrêt Manitoba c. Air Canada 86 D.L.R. (3d) 631 ¶ 17, ¶ 21
- The Queen (Man.) v. Air Canada item-2556-1980-07-18 ¶ 17
- Garland Garland ¶ 18, ¶ 19
- Reference re Goods and Services Tax 22635, 22664-1992-06-25 ¶ 19
- Mack c. Canada (Procureur général) 60 O.R. (3d) 756 ¶ 19
- Zaidan Group Ltd. v. London (City) 21850-1991-11-21 ¶ 20
- 64 D.L.R. (4th) 514 64 D.L.R. (4th) 514 ¶ 20
- Haida Nation v. British Columbia (Minister of Forests) 2004 SCC 73 par 18 ¶ 23
- Guerin v. The Queen 17507-1984-11-01 ¶ 24
- Hodgkinson v. Simms 23033-1994-09-30 p 409 ¶ 25
- Lac Minerals Ltd. v. International Corona Resources Ltd. 20571-1989-08-11 p 599 ¶ 26
- La présente affaire peut être distinguée de l’arrêt Authorson c. Canada (Attorney General) 58 O.R. (3d) 417 ¶ 27
- Authorson v. Canada (Attorney General) 2003 SCC 39 ¶ 27
Lois et règlements cités
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Citations non résolues